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Quelqu’un peut-il arrêter le monde deux minutes ? J’aimerais descendre, j’ai la nette impression qu’on tourne en rond depuis un moment.

Lancé il y a déjà plusieurs mois, cet appel n’a pas été entendu. Le monde continue de tourner en rond sur lui-même dans un mécanisme implacable de rotation quotidienne qui nous donne à voir, sans que personne ne crie au scandale, le même paysage céleste, jour après jour, indéfiniment. L’image des rats de laboratoire s’impose à moi, celle des joggeurs sur tapis roulant également : on avance, on court, on agite les pattes mais toujours surplace. Et personne ne crie au scandale. Jamais. Les politiques promettent le changement. Toujours, tous. On nous dit que c’était mieux avant. Mais rien ne change, la même vue du ciel, inlassablement revient. Le monde tourne en rond.

Et en attendant que le monde modifie la trajectoire de cette constante rotation, que faire? Lire la nouvelle Hôtel Amour est une bonne idée ; déjà dix chapitres en ligne sur ce site et plus à venir bientôt. Lire mes autres nouvelles (Aux dernières loges de mon enterrement, Entre parenthèses, l’homme qui reniflait avec ses yeux), accessibles en téléchargement sur la partie droite de ce même site.

Lire Delphine de Vigan aussi. Il y a peu, elle était de passage à New York. J’aurais dû, je le sais, évoquer ce problème du monde avec elle. Le titre de son dernier roman, Rien ne s’oppose à la nuit, se prêtait bien au sujet. Rien ne s’oppose à la nuit, rien ne s’oppose au jour et la terre tourne immanquablement.
Mais je ne l’ai pas fait, convaincu finalement que son propos était différent : son récit est intime et universel, mêlant les événements prosaïques d’une vie de malheur à l’espoir vain d’une rédemption. En parallèle de la biographie de sa mère, suicidée en 2008, Delphine de Vigan raconte la genèse de cet exercice d’écriture complexe. Et comme dans Les heures souterraines, elle excelle dans cette capacité à décrire l’enchevêtrement des situations quotidiennes, qui échappe à la raison, pour engendrer les plus grands problèmes de notre vie en société. Les plus douloureux en tout cas.

Bonne lecture,

Mathieu

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